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Devenir mère. Voyage en eau trouble

  • il y a 1 jour
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Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Devenir mère. Mais qui est la mère ?


Marie ? C'est mon premier prénom. Le premier de ma petite sœur aussi. C'est également celui de ma mère. Anne est son second. Ma mère porte le nom de la mère (Anne) et de la fille (Marie). Vous ne le saviez pas? Dans la bible, Anne est la mère de Marie.


Et bien moi c'est Marie tout court. Je ne suis que la fille.


Ma destinée de mère aurait-elle donc commencé à ma naissance ? Au moment de devenir la fille de ma mère. Au moment où elle, devenait mère. Etais-je prédestinée à n'être que la fille ?



C'est que, contre toute croyance populaire, je ne suis pas devenue mère au moment de la naissance de ma première fille.

Non.

Cette naissance m'avait bien transformée physiquement, psychiquement, spirituellement, sensiblement, mais ce n'est pas ce jour-là que je suis devenue mère.


La mère, c'était ma mère vous comprenez ? Moi j'étais sa fille. Pas la mère.


Alors cette nuit-là, à la maternité, j'ai accompagné ma fille vers sa naissance. Avec toute la force, la vigueur et l'amour qui me transportaient, m'envahissait même. Mais la mère n'est pas sorti au même moment.


L'amour débordant pour elle si, en revanche. Et c'est là la supercherie de l'histoire ! Dès que l'on me l'a déposée sur mon ventre, je me suis sentie débordée d'amour pour cette petite fille. Et moi j'aurais cru que cet amour allait suffire à m'amarrer à ce nouveau port.

Et bien non.

Je ressentais tout cet amour et malgré cela, j'étais en pilote automatique et la sensation d'avoir complètement perdu pied.


Mon identité s'était envolée.

Je scrute ma fille. Je m'ectasie devant ce beau visage, devant ses petites mains, son regard. Je m'enivre de sa peau, de son odeur. C'est de l'ordre de l'instinctif. C'est bien ma fille oui! Et pourtant quelque chose s'est désaxé à l'intérieur de moi. Je ne me reconnais pas.


Je ne sais plus qui je suis.


Est-ce dû au "mommy brain"? A la fatigue? A autre chose? Serait-ce la matrescence? Les conséquences des bouleversements hormonaux sur un supposé TDAH encore trop mal étudié par la science? Le fruit d'un secret transgénérationnel encore caché? Un cocktail de tout ça à la fois peut-être ?


Au moment où je deviens mère en tout cas, et les semaines qui suivent, ces questions, je ne me les pose même pas. Je suis juste en dehors de moi-même, et je n'ai aucune réponse. Je crois être folle. Anormale. Je culpabilise de me sentir à cet endroit là. En dehors de moi. Et cela m'enfonce un peu plus dans mon syndrome de l'impostrice.


Pourquoi me direz-vous ?


Parce que ces hypothèses, je n'en ai JAMAIS entendu parlé. La légende que j'avais entendue depuis petite était la suivante :

"Elle réussi à braver sa peur suprême de l'accouchement ("peur" trouvant son origine dans un manque d'information criant sur cette magnifique aventure, avant d'y être soi-même confrontée), elle vit son enfant, tomba dans un amour inconditionnel, et la magie naturelle de la maternité opéra". POINT FINAL.


Et bien pour moi, ce fut trois points de suspensions, suivis de points d'exclamations, de points d'interrogations et de tout un tas de nouvelles ponctuations encore inconnues du grand public. Et ce, pendant plusieurs mois.


Le plus incroyable dans cette histoire c'est que ma mère semblait elle aussi perdue à ce moment-là. De son côté, elle ne comprenait pas par exemple pourquoi des choses qui avaient fonctionné pour nous ses enfants, ne fonctionnaient pas avec ma fille. Par exemple, la porter de telle manière pour la calmer.


"C'est normal maman tu sais, c'est peut-être parce-que c'est ma fille, pas la tienne".


Tiens, une part de réel vient de surgir en moi.


Ma mère aussi est peut-être perdue dans cette ronde des rôles finalement Cette ronde des émotions, des sentiments, des sensations. Une énergie invisible est en train de bouger. Lentement, très lentement. En attendant, moi, je perds pied.


Tout le monde autour de moi semble savoir que la mère, c'est moi. Je ressens pourtant un véritable syndrome de l'imposteur.


Sans le savoir, les commerçants que je vois chaque jour m'aident beaucoup sur ce chemin. Ils ont l'air de trouver cela normal eux, quand ils me voient avec ma fille. La situation semble être tout à fait neutre. Basic. Et ce miroir me fait du bien. Oui, c'est mon bébé. Et dans leurs yeux, la maman, c'est bien moi.


Mais le chemin prend encore un peu de temps. J'ai besoin de me faire confiance pour ressentir cette nouvelle peau. Au point que j'affiche sur mon frigo un aimant sur lequel est écrit "fais-toi confiance maman". Je crois qu'il me fait autant de bien que de mal. Une partie de moi espère qu'il s'adresse bien à moi et ça raisonne alors comme un mantra. Mais l'autre entend bien qu'il s'adresse à ma mère.


Mais qui est la mère bordel?!?!


Je le savais depuis longtemps ! Je ne voulais pas avoir la responsabilité d'impulser cette ronde! Je ne voulais pas rejouer ça! C'était déjà moi qui avait eu la lourde tâche de faire passer ma mère de ce côté là 39 ans auparavant, et ça recommence! C'est maintenant à moi de la faire devenir grand-mère?!


Je voulais que mon frère et ma sœur passent avant moi. J'avais l'intuition depuis toujours que c'était à ma sœur qu'il incombait cette lourde tâche. Elle aussi ça l'aurait réparée de quelque chose d'être arrivée en dernière. Et puis pour moi le boulot aurait été fait. J'aurais eu ma fille et puis basta. Comme tout le monde quoi! Pas de tempête identitaire à traverser. Tout comme dans la légende qui m'avait été contée!

  

Mais ça ne s'est pas passé comme ça.


Maintenant il y a deux mamans. Et je ne sais plus où est la fille. Super !


Oui, je vous assure : la fille de ma mère a disparu ! Ou alors elle s'est cachée. Ou peut-être s'est-elle mise sur pause, on ne sait pas.


Dans ce contexte, je ne vous raconte pas l'état de notre relation ! J'ai du mal à me sentir liée à ma mère pendants des mois et des mois. Je lutte pour retrouver cette sensation, cette relation de toujours! Quelque chose a bougé que je ne maîtrise pas. Comme un sentiment de deuil à faire presque.


Mais si je ne suis ni la mère et ni la fille, je suis qui ?

Je suis bel et bien perdue.


Heureusement ma fille est bien là elle, et son père aussi. Eux ils sont biens réels. Quand au regard du mien, il me rassure. Il m'aide à m'encrer dans cette nouvelle identité. Pour lui, tout cela semble simple. Pas de questions.


Peu à peu la mère prend sa place. Lentement mais sûrement, je sens que cette nouvelle peau s'installe, m'enveloppe. Cette nouvelle identité. Ce nouveau rôle.


Une nouvelle mère née tranquillement. Non pas le jour de l'accouchement. Ce jour là, une petite fille était bel et bien née. Une petite fille qui a accompagné sa mère à le devenir. Et aujourd'hui tout le monde a trouvé sa place.


Finalement, tout ne se serait presque joué qu'entre ma mère et moi ? Entre la grand-mère, la mère, et la fille ?


Mais laquelle me direz-vous ? (je vous sens perdus, et c'est bien normal)


Pas la mienne, non. Ma fille connaît sa place depuis sa naissance elle. Elle tête, elle rigole, elle dort. Elle veut jouer, câliner avec sa maman, sa grand-mère, tout va très bien pour elle! Elle connaissait leurs places respectives.


Non, je parle de l'autre fille. Moi.


Elle va mettre presque 7 ans à revenir celle-là. 7 longues années à ressentir à nouveau ce lien fluide et naturel avec sa mère. Elle aura dû attendre l'âge de raison de sa propre fille, et de se sentir mère, pour la laisser revenir à sa place de fille. Pour la laisser cohabiter à côté de la nouvelle mère qu'elle était devenue.


En chemin, ma seconde petite fille est née. Et c'est le prénom de la mère de Marie que nous avons choisi : Anne. J'avais voulu bannir Marie à tout prix vous comprenez!


Mon inconscient n'avait pas alors compris ce qui se jouait aussi avec la mère.

Affaire à suivre...


En attendant, je dédis ce texte à ma mère. La maman que j'ai rêvé et que j'ai la chance d'avoir.


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  • Sur le mommy brain : ce livre de référence!



  • Sur les relations mères/filles, l'excellent podcast de mon amie Elodie Bastat : Et ta mère

  • Sur la rencontre avec la maternité et quelques unes des questions métaphysiques que cela peu soulever, le docu de mon autre amie Marie-Laure Guislain : L'effet mère


  • Et j'en aurai tellement encore. Ces dernières 10 dernières années ont vu naître de plus en plus d'informations de vulgarisation par les mères pour les mères, grâce aux réseaux sociaux notamment. De plus en plus de groupe de soutiens, de rencontres, de politiques publiques comme celle des 1000 premiers jours, même si les ambitions manquent encore à mon sens. Quelque chose a été enclenché en tout cas il me semble. L'info commence à circuler. Il faut continuer.

 
 
 

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