Travailler sur soi est politique !
- il y a 1 jour
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Gnothi seauton. « Connais-toi toi-même. »
Connais-toi toi même. Il y a des années que cette phrase m’accompagne.
J’ai 19 ans.
Je dis à mon père : "Je veux voir un psy!"
Il me répond, presque inquiet : "Mais tu n’es pas malade, ma fille !"
Non, en effet papa. Je ne suis pas malade.
Mais je sens que j’ai besoin de mieux me connaître.
De comprendre mes modes de fonctionnement.
De séparer les miens des tiens.
De comprendre ce qui me fait souffrir et ce qui m’anime.
Pourquoi, au fond ?
Pour être mieux dans ma vie, bien sûr. Déjà, à 19 ans.
Mais aussi pour être mieux dans la société qui m’entoure.
Très tôt, j’ai l’intuition que ce qui m’entrave n’est pas seulement le fruit de mon histoire personnelle. Que je suis aussi prise dans un système. Un système qui, oui, peut contraindre, assigner, limiter. Alors j'essaie de le comprendre. Avec mes études de droit. Mais ça ne me suffit pas.
Comprendre que l'on est au prise avec un système, ses injonctions et ses pratiques, c’est un début pour se déculpabiliser.
Nommer les mécanismes, c’est cesser de croire que tout relève d’une faiblesse individuelle.
Cerner le système, c’est ouvrir la possibilité de le faire évoluer et permettre que les changements bénéficient aussi à d’autres.
C’est là que le fil apparaît.
Mieux se connaître est infiniment politique.
Politique, parce que prendre conscience de ses modes de fonctionnement, de ses besoins, de ses limites, de ses croyances, c’est sortir de l’inconscience qui nous rend manipulables et qui nous pousse à reproduire aveuglément.
C’est refuser d’intérioriser des normes qui nous abîment.
C’est identifier ce qui, en nous, relève de notre histoire singulière de ce qui relève d’injonctions sociales, culturelles ou encore économiques.
C’est comprendre comment le "je" est traversé par le "nous" et façonné par le “ils”.
Se connaître, ce n’est pas se replier sur soi, ni s'adapter. C’est au contraire élargir sa conscience et donc sa compréhension des choses !
C’est devenir capable de dire : ceci est à moi et ceci ne l’est pas.
C’est poser des limites là où l’on nous a appris à nous taire.
C’est remettre en question des croyances héritées.
C’est déconstruire pour ne pas reproduire.
Il existe plusieurs voies pour cela.
La psychologie en est une. Mais il y a aussi la philosophie, les livres, les cercles de parole, le coaching, le dialogue, l’expérience, l'écriture, la lecture, le yoga, la méditation, la danse, la pleine conscience etc. etc.
Bref, toute activité qui favorise l'écoute, l'introspection, et donc une meilleure connaissance de soi et du monde qui nous entoure.
Deux chemins se dessinent souvent.
Celui qui consiste à comprendre ce qui crée la souffrance : les blessures, les répétitions, les mécanismes de défense.
Et celui qui consiste à cultiver ce qui crée l’élan, la joie, le sens et l’épanouissement.
Deux voies complémentaires. Guérir pour s’épanouir. Comprendre pour mieux grandir.
Aider les autres à se penser, à s’observer, à mettre en mots pour clarifier, c’est les aider à reprendre du pouvoir sur leur vie.
C’est soutenir celles et ceux qui ont le courage de questionner, de déconstruire, d’avancer dans le vide avant de reconstruire autrement.
C’est embrasser la complexité sans la réduire ni à un individu isolé, ni à un collectif abstrait.
Car le "je", le "nous" et le "ils" dialoguent en permanence.
Apprendre à mieux comprendre ces mouvements, c’est faciliter le dialogue, c’est trouver sa place sans écraser celle des autres, sans prendre la leur. C'est éviter de faire aux autres les choses même que l'on combat ou que l'on reproche!
Dans l’époque qui s’est ouverte, fragmentée, polarisée, saturée d’injonctions et de récits simplificateurs, mieux se connaître n’a, je crois, jamais été aussi important.
Jamais aussi politique.
Parce qu’une personne qui se connaît est moins gouvernée par la peur, moins tentée par les réponses simplistes, moins encline à projeter sa souffrance sur des boucs émissaires.
Une personne qui se connaît peut choisir plutôt que réagir.
Elle peut dialoguer plutôt qu’attaquer.
Elle peut transformer plutôt que subir.
Au fond, ce chemin est ancien. C’est celui des philosophes.
Mais aujourd’hui, il est aussi un acte de responsabilité.
Un acte de lucidité.
Un acte politique.
Connais-toi toi-même.
Non pas pour te regarder indéfiniment !
Mais pour participer, en conscience, à la transformation du monde.
Finalement, comme dirait Ghandi, sois le changement que tu veux voir dans ce monde.
C'est une manière de reprendre le pouvoir.



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