Expérience de tempêtes et de ...résilience ?
- 20 juin 2024
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Tout a presque commencé en 2020.
Sur un fond de burn out que je refusais de voir mais qui avançait bien sournoisement, je tombe enceinte de ma seconde fille (WARNING / pour info : #burnout, différent de dépression ! si vous avez des questions, je serai ravie de vous envoyer des infos sur le sujet).
Ma première a alors 9 mois. Ma grossesse est confirmée, nous sommes confinés quelques jours plus tard. Nous sommes le 20 mars 2020.
Le 26, on apprend que ma petite sœur a un cancer des ovaires. Comme ça. Bim.
Mon ventre grossit. Elle, on va tout lui enlever. On vit ce confinement sous le même toit.
Un confinement de l’horreur, à accompagner ma sœur, tout en nous occupant de notre bébé de 12 mois, le déni de mon burn out, et une grossesse, encore « cachée ».
C’est que nous sommes confinés. Annoncer cette 2nd grossesse sur Zoom, ce n’est pas ce qui me semble le plus aisé à ce moment-là. Et puis je suis rentrée de congé maternité en septembre ! (#congés maternité ; #congéparental – sur ce sujet aussi, j’aurais beaucoup de choses à dire…). Je préfère attendre de voir les gens en face, je me sentirai plus à l’aise.
Et j’ai quand même d’autres choses à gérer : mes pertes de mémoires ; mon incapacité à me concentrer. Mon irritabilité. Des signes de burn out que je n’écoute pas encore (le déni est l’une des caractéristiques que l’on retrouve chez les personnes en Burn out). Sans parler de mon manque de sommeil, car ma fille ne dort pas bien la nuit. Le temps passé aux côtés de ma sœur pour l’aider à essayer de soulager ses douleurs…gérer les dossiers à distance malgré mon incapacité à comprendre la moitié de ce qu’on me partage pendant les réunions, en visio. L’énorme culpabilité de ne pas être assez là pour mes collègues et pourtant ne pas y arriver. Mon cerveau ne fonctionne plus.
Septembre 2020, j’accouche de ma seconde fille. Le 20.
Je sors de la maternité le 24.
Mon père décède le 26.
La veille au soir il dînait chez nous. Il est là - il n’est plus là. Comme ça. Sans prévenir. Et oui. Une crise cardiaque ça ne prévient pas.
A l’intérieur de moi c’est le chaos qui commence. Trop de tempêtes en même temps s’entrechoquent.
J’essaie de ne pas sombrer. Mais là, c’est la dépression qui pointe le bout de son nez. Ma sœur elle, continue son combat contre la maladie. La terre s’est arrêtée au dehors, mais à l’intérieur de moi aussi. Pas de resto possible, pas de weekends, pas de voyage, pas de cinéma, pas de danse, pas d’amis pour partager des moments de légèreté. Mon espace/temps est rétréci à son maximum. Son cadre est rigide et dur. Cette légèreté mettra un long moment à revenir.
Tout autour, c’est l’incertitude, pour ne pas dire l’insécurité intérieure qui continue. Confiné. Pas confiné. Confiné à moitié. Oui – non – Oui - non. Ça n’a plus vraiment d’importance de toute façon. Je ne suis plus dans mon corps, je me sens dissociée.
Au printemps 2021, la reconstruction commence. J’essaie de ne pas me laisser aller en m’inscrivant à un bilan de compétence à distance. J’essaie de m’accrocher à toutes les branches possibles. Mais c’est si difficile.

Et puis on apprend que le cancer de ma sœur est finalement revenu. Rebelotte les traitements et tout ce qui va avec. Mais on y croit à fond. Elle veut vivre.
Nous sommes le 21 octobre 2021 quand elle décède.
18 mois d’expériences intense de la vie. De questionnements.
Après la tempête, le calme a commencé à revenir ; mon énergie à remonter, et mes capacités cognitives à se retrouver. A un moment donné, on sent que les batteries commencent à se recharger et la suite commence à se dessiner. Comme j’ai su que quelque chose n’allait pas et qu’il fallait que je m’arrête, j’ai su que j’étais prête à repartir.
Et alors là je me suis vu ouvrir un resto ; me lancer dans la permaculture : monter un magazine ; devenir biographe ; faire le tour du monde en famille ; devenir thérapeute ; défendre, plaider, expliquer, questionner, danser…
La reprise de la danse a été pour moi fondamental dans cette reconstruction. Pour me reconnecter à la joie ; pour retrouver ma capacité d’attention ; pour retrouver ma mémoire immédiate. Je me suis challengée en retrouvant une équipe de danse. J’ai repris le yoga, vu un psy, fait de la sophrologie, du shiatsu. Repris mes lectures diverses et variées sur le genre humain et son développement émotionnel. La place que nous lui donnons dans notre société.
J’ai donné un coup de main à une amie qui venait de monter sa boulangerie. J’ai fait du pain ! J’ai lu (ça faisait 2 ans que je ne pouvais plus lire), et encore lu : sur le burn out ; sur le deuil. J’ai lu sur la dissociation. J’ai lu sur l’accouchement. J’ai lu sur la dépression. J’ai lu sur les émotions des enfants. J’ai lu sur les effets des organisations de travail sur la santé mentale des travailleurs. J’ai lu sur la RSE et les risques psychosociaux. J’ai lu sur la matrescence. J’ai lu sur l’équilibre vie perso/vie pro.
J’ai regardé la RSE évoluer. De loin. Non plus en tant qu’actrice mais en tant qu’observatrice, cachée derrière ma petite fenêtre linkedin. Je me suis formée au diplôme de premier secours en santé mentale. J’ai entamé les démarches pour finaliser ma formation SEVE pour animer des ateliers philos aux enfants (qui pourraient d’ailleurs tout à fait s’appliquer aux adultes !).
Puis j’ai croisé la route d’une association formidable qui s’appelle les Burn’ettes (la chance ! c’est l’une des rares association qui existe sur le burn out et elle se trouve sur Bordeaux). Je m’implique aujourd’hui à leurs côtés pour faire avancer ce sujet au niveau national en les aidant sur le plaidoyer. Beaucoup trop de personnes vivent aujourd’hui malheureusement cette expérience sans que le cadre médicale ou juridique ne soit adapté. Je suis aussi pair-aidante au sein de leur pôle écoute, et je suis bénévole pour donner des ateliers de danses aux burn’ettes quand l’occasion est là et partager la joie du swing.
Au moment où mon arrêt maladie prenait fin, j’ai été sollicitée pour donner un cours à l’université sur la RSE. Ça a été une formidable occasion de réouvrir mes dossiers et de me mettre à jours des dernières évolutions normatives récentes. C’était comme si c’était hier.
Et puis j’ai assisté à une conférence à la mairie de Bordeaux sur la décroissance. Ca faisait longtemps (trop) que je n’avais pas assisté à un évènement de ce type. Et là, la claque.
Evidemment que ma place est ici. Evidemment que toute l’énergie que je mets dans la responsabilisation des entreprises et des règles commerciales depuis 20 ans est encore là. Evidemment que je ne peux pas ignorer les enjeux de notre société. C’est plus fort que moi, c’est comme ça.
Mais de la même manière que j’ai évolué, la société a elle aussi évolué, et les entreprises avec. Les salariés, les entrepreneurs, les consommateurs. Et surtout ! les règles. Le cadre juridique. Les métiers autour de la RSE. Les cabinets conseils se sont multipliés sur la RSE. Le métier s’est technicisé, diversifié même ; les formations se sont développées. Les associations se sont spécialisées.
Dans ce paysage, qu’est-ce que je pourrais bien apporter ? Qu’est-ce que je souhaite apporter ? Comment utiliser ces 20 années d’expérience et d’expertise et cette vision à 360° de cette notion, de ce sujet, de cette enjeu ? (A suivre)
21 Juin 2024





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