Descente aux enfers : arrêt de travail ou arrêt maladie ?
- mccaillet
- 20 nov.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 nov.
Mon congé maternité se termine. Je dois reprendre mon travail, mais je n’ai plus de force. Je ne sais plus qui je suis. Plus d’envies. Plus d’espoirs. Plus de visions. Plus de sourire. Plus d’énergie. Je suis à terre. Le combat est terminé.
Après des jours de réflexions, je finis par me dire que je dois appeler mon médecin.
J’entre dans son cabinet, ma fille de 2 mois et demi collée à moi en porte-bébé. Mon petit Koala.
Je m’assois. Je me sens vidée, perdue.
J’ai honte.
J’ai honte que cette femme, qui doit avoir le même âge que moi, si belle (elle a pris le temps de se maquiller elle ce matin, malgré ses 4 enfants), et dont l'esprit a l'air si clair, me découvre dans cet état-là.
Ce n’est pas moi qui suis assise dans ce cabinet, face à cette femme. Normalement je suis comme elle. Rayonnante. J’assure. Quoiqu’il arrive.
J’ai toujours assuré.
J’ai toujours tenu bon, combattu. Défendu mes idées comme les personnes.
J’ai honte qu’elle me voit comme une femme faible ; j’ai honte de cet air hagard que j’ai. Je ne me reconnais plus. Et pourtant je sens bien, assise face à elle, que quelque chose cloche.
Je le sais en me voyant dans le miroir qu’elle me renvoi de moi-même bien malgré elle.
- "Je vous écoute", me dit-elle.
- "Je ne sais pas quoi vous dire d’autre : je me rends. Je dépose les armes."
- "Ah. Madame, vous avez bien fait de venir."
Je me rends. Je m’écroule, je fonds en larmes. J'entends le gling gling de l'armure qui tombe au sol. Je suis à nue. Vulnérable. Démasquée dans mon état. Je m’en remets à mon médecin.
Faites ce que vous pensez devoir faire. J’abandonne la lutte. Je suis à terre. On m’a mise à terre. Il faut que je prenne mes responsabilités. Après tout, je travaille sur le thème de « la responsabilité » depuis 18 ans : Me suis-je laissée mettre à terre ? A qui la responsabilité ? Je tenterai de répondre à cette question plus tard.
Pour le moment, je dois accepter la réalité. Ni ma tête, ni mon corps ne me suivent.
Moi qui me suis crue si forte. Moi qui aie dépassé mes peurs un nombre incalculable de fois pour défendre mes convictions, mes valeurs, mes idées, et même des personnes.
J’ai voulu me prendre pour Jeanne d’arc, et bien j’ai fini sur le bûcher ! A une grande différence près : je n’ai pas eu de procès, ce qui m’aurait peut-être permis une petite remise en question ou au moins, un bilan en cours de route !
Je n’en veux à personne car je me suis consumée toute seule. (Enfin. C'est ce que je crois à ce moment-là). Sans que personne ne le voit. Ni même moi d’ailleurs.
Je n’ai pas vu les signaux dont le rouge devenait pourtant d’une luminosité éclatante et ce, depuis de nombreux mois !
Les premiers sont apparus quelques temps après mon nouveau poste. J’aurais pourtant dû me sentir pleinement épanouie. Une loi historique venait d’être adoptée !
Une loi qui allait enfin obliger les grandes entreprises à surveiller les impacts de leurs décisions et de leurs activités sur les droits humains et l’environnement et sur laquelle j'avais mis tant de mon énergie, de ma force, de mon temps, de mes nuits, de mes weekends, de mes vacances, de mon argent même !
Le 27 mars 2017, lorsque cette loi est adoptée, je viens d’avoir 37 ans. J’ai commencé à travailler sur ce sujet j’en avais 23. Je suis tombée dans la marmite de la responsabilité des entreprises multinationales et des impacts que leurs activités peuvent avoir sur la planète et les individus en 2003.
Depuis, je suis obsédée par ce sujet. Plus j’avance dans mon enquête, jour après jour, mois après mois, années après années, afin de comprendre les causes, les conséquences, les failles du système, et plus j’ai l’impression de m’enfoncer dans une jungle.
En 2003 j’ai 23 ans. Je suis entrée à l’université de droit totalement par hasard 5 ans auparavant. Enfin. Ce n’est pas totalement exact. Ne sachant pas trop vers quoi m’orienter l’année de ma terminale, j'avais découvert peu à peu le droit à travers mon petit ami de l’époque qui était en 2ème année. Comme quoi, des choix importants peuvent parfois trouver leurs motivations dans des raisons sommes toutes, légères.
Toujours est-il que la personne assise aujourd'hui en face de moi a dû entrer à la fac à peu près en même temps que moi, non ? Et nous voilà toutes les deux face à face. Dans ma honte, épuisée, en deuil de mon père qui vient de mourir, en burn-out depuis plusieurs mois, et toute jeune maman malgré mes 40 ans. Ma seconde fille. La première a alors 18 mois. Me voilà vidée. Agar, sans repères.
Elle va vraiment m'arrêter ? Mais m'arrêter de quoi ? Pour faire quoi ? Me reposer ? Mais j'ai deux bébés, ma petite sœur a un cancer et ma mère doit survivre à la mort brutale de son amoureux de toujours, mon père. Nous venons d'acheter une maison et nous sommes en travaux. Me reposer de quoi ?
Un arrêt de travail vous avez dit ? "Non Madame, c'est un arrêt maladie".
La nuance aura toute son importance, je vous le dis.
A ma docteure. Merci.
Novembre 2020



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