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Ah les cro cro cro les crocodileuuu !

  • mccaillet
  • 27 mars 2020
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 25 juil.

Histoire d'un crocodile, en confinement, croisé lors d'un anniversaire, entre joie, maternité, cancer et burn out. Est-ce réel ?


Mars 2020. Ma fille a 1 an. Nous sommes confinés depuis 11 jours.


Nous découvrons cette nouvelle façon de vivre.


Pour combien de temps ?


Nous nous réveillons agar. Tout est surréaliste. C’est un film de sciences fictions.


Nous sommes censées fêter son anniversaire avec les amis et la famille.


Je suis censée annoncer à tout le monde que je suis de nouveau enceinte ; Mon corps change. Mon esprit s’embrouille. Il fait si beau dehors.


Aujourd’hui ma fille a 1 an et je veux nous créer un beau souvenir.


Cet anniversaire se fera par Zoom. Cette application que tout le monde va utiliser pour se « voir », à défaut de pouvoir se toucher. Le confinement du XXIème siècle est connecté.


Les écrans deviennent des fenêtres pour rester en lien.

Les apéros vont rapidement s’organiser en trinquant sur l’écran.

Resté enfermé oui, mais à l’intérieur de chez soi, tous les moyens sont nécessaires pour rester vivant.


Ma fille a 1 an aujourd’hui. Je pleure en cachette.


Il y a 1 an je vivais une expérience incroyable. Cette petite fille posée sur ma poitrine, toute chaude. Ses petits bourrelets contre mon ventre. C’était elle qui était donc cachée dans mon ventre depuis 9 mois. La rencontre avec ce petit être n'a pas de mots. C'est bien au-delà de tout ce que j'ai pu imaginer (ou pas d'ailleurs ! Mais ça, c'est un autre sujet.)


Une expérience traumatisante aussi. Ces sensations de torture qui ne me quittent pas depuis 1 an. L’intrusion de ces instruments pour nous aider à la sortir car elle préférait vraisemblablement rester au chaud. Ou était-ce moi qui la retenait ? Je verrai ça avec mon psy. Si un jour je peux en revoir un.


C’est aussi cet anniversaire là. La peur qui revient m’habiter. Plus que 6 mois pour me préparer à affronter à nouveau ma plus grande peur. Sa petite sœur est encore au chaud dans mon ventre.


« Mais tu parles comme si tu n’avais jamais accouché ! » me répond-on.


Et oui. C’est que j’ai tellement peur si vous saviez.


Mais aujourd’hui ma fille a 1 an.


Ma sœur a un cancer des ovaires aussi. Il va falloir l’opérer. Et tout enlever.


On l'a appris hier. Le 26 mars.


Aujourd’hui ma fille a 1 an.

Sa grand-mère de Paris, ses tatas et son tonton son en vidéo. Ma fille est sur sa chaise haute à table. Nous sommes autour d’elle, son papi, sa mamie, son papa et sa maman. Debout et non pas assis à table. Car elle est face à son gâteau et à cet écran, qui lui montre les visages de sa famille.


On essaye de « mettre l’ambiance ». Pas facile de créer l’ambiance pour le premier anniversaire de son premier enfant avec toute la famille à distance derrière des écrans.


Notre fille n’a pas le droit de regarder les écrans ; Mais ça, c’était avant le confinement.


Je mets la musique. Attention, ambiance ! « ha les crocrocro les crocrocros les crocodileu ! » et là, ma fille se met debout sur sa chaise haute, et se met à danser ! Elle danse face à l’écran, en nous regardant, un mélange de fierté et de joie ; d’excitation inexpliquée par l’effet que lui procure à chaque écoute cette chanson précisément.


Parfois, il n’y a pas de sens à ces comptines. Enfin si. Mais je le met de côté aujourd'hui. " Un cro co diiiile, s'en allant à la guerreu, Disait au r'voir à ses petits-enfants! Traînant ses pieds, ses pieds dans la poussièreu, Il s'en allait, combattre les éléphaaants! Ah les crocrocros, les crocrocros, les crocodileu! Sur les bords du Nil, ils sont partis n'en parlons plus !"


Surpris nous le fûmes tous. Et mes larmes s’échappèrent enfin face à cette joie profonde et sincère qui avait surgit de ma fille, du haut de ses 1 an, sous ce soleil, dans cette cuisine, à l’écoute des premières notes de cette chanson. Pauvre « joyeux anniversaire », si tu savais. Longue vie aux crocrodiles !


La semaine d’après, on remettait ça, pour les 39 ans de mon chéri. Cette fois, tous les 5 autour d’une table et face à des bougies qui seront bien soigneusement soufflées, l’une après l’autre. Grâce au confinement nous avons pris le temps de nous essayer à la pâtisserie ! C’est un fraisier que nous avons passé la journée à faire, en équipe, qui sera ce soir sur la table. Tout devient du luxe en confinement. Ce fraisier maison n’avait pas de prix.


Le travail perd en quelques jours tout son sens. Plus rien n’a de sens. Seule la nourriture, et faire les courses ont un sens. Je continue malgré tout à travailler ; j’enchaine les réunions en visio. Je suis souriante ; j’annonce, ou pas, ma grossesse, selon les réunions et les clients que je « vois ». Selon mes peurs du jour ou ma confiance.


J’ai des nausées. Je devrais marcher, ça me ferait du bien, mais nous sommes confinées. Ma fille me voit m’engouffrer derrière la porte du bureau de mon père et n’a pas le droit de venir. Je m’éclipse pour qu’elle ne me voit pas. Si non elle vient et tape à la porte. Mais j’ai des réunions à assurer, des documents à rédiger, d’autres à relire. Des tableaux à remplir ; Des chiffres à comptabiliser. Des présentations à faire.


Bref. Tout ça perd son sens. Je perds mon sens.


Très rapidement mon cerveau ne capte plus ce que me disent mes interlocuteurs et mes interlocutrices. Je mets ça sur le compte de la grossesse.


En fait j’arrive en bout de course d’un trop grand surmenage.


Travailler confinée, enceinte, avec ma petite sœur malade, cela n'a fait qu’accélérer un processus qui a en réalité démarré il y a 3 ans et face auquel ma lutte pour ne pas plonger n’a fait qu’empirer les choses. Plus je luttais pour que ça aille, plus je puisais dans les ressources. Elles ont fini par lâcher.


27 mars 2020

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